Espace adhérent

L’endettement des ménages américains se résorbe lentement

Prêts étudiants, crédits auto et même revolving permettent aux particuliers les moins solvables de soutenir la consommation.

La consommation des ménages a toujours été le principal poste du PIB et de sa croissance aux Etats-Unis. Pour maintenir ou accroître son pouvoir d’achat, le consommateur a pris l’habitude de recourir au crédit. La crise immobilière de 2007-2008 n’a pas modifié fondamentalement son comportement : il est resté dépendant de l’endettement. Dans ces conditions, connaître l’état d’endettement des Américains est devenu essentiel pour l’analyse de la conjoncture.

Sous la forme des ratios traditionnels, le deleveraging des ménages est avéré. Rapportée au PIB, la dette des particuliers américains est passée de 97 % il y a dix ans, le point le plus haut, à 78 % aujourd’hui (données Fed). Rapportée à leur revenu disponible brut (RDB), l’endettement est revenu sous les 100 % après avoir touché 130 % lors de l’éclatement de la crise des crédits subprime. En monnaie sonnante et trébuchante, le message est différent. Début 2017, la dette totale regroupant le crédit immobilier, les prêts étudiants, les crédits auto et revolving retrouvait et dépassait le niveau de 2008 : plus de 14.000 milliards pour les flows of funds.

Au fil des années, l’encours des crédits hypothécaires a diminué à petits pas, digérant progressivement la crise immobilière. Les ménages, souvent les moins solvables, se sont reportés sur d’autres types de prêts pour assouvir leur soif de consommer ou plus simplement financer leurs dépenses de la vie courante. Mémoire courte ou éducation financière à parfaire, même les crédits revolving à des taux de 13 % ou 14 % ont continué d’avoir les faveurs des consommateurs. « Avec un taux de défaut proche de 10 %, leur progression a commencé à diminuer », précise Christian Parisot, chef économiste d’Aurel BGC.

Prêts Ninja
Le plus spectaculaire concerne les prêts dits étudiants dont « l’encours a triplé en dix ans pour atteindre 1.400 milliards de dollars », rappelle Bruno Cavalier, chef économiste d’Oddo Securities. Les médias américains font régulièrement leurs choux gras de ces prêts Ninja (no income, no jobs & assets) parfois remboursés par des retraités aux fins de mois difficiles. L’inflation galopante du coût des études a aussi alimenté leur succès. « Les prêts étudiants sont devenus le deuxième poste d’endettement et les défauts approchent 12 % du stock », indique Thomas Julien, économiste chez Natixis qui précise que 90 % de cette dette est garantie par le gouvernement américain : « En aucun cas, elle ne représente un risque pour l’économie américaine. Quant au risque pour le secteur financier, il est très faible. » « L’Etat fédéral assume la garantie de ces prêts sous réserve que le solde intérêts-défauts reste à l’équilibre. Dans le cas contraire, cela devient un problème de finances publiques et le Congrès a son mot à dire », précise Christian Parisot.

Enfin, mis à la porte du secteur du crédit immobilier, les prêts risqués sont revenus par la fenêtre du crédit auto, les crédits subprime composant une poche importante du segment. Durée moyenne des prêts de 6 ans, loan to value de plus 120 %, rabais sur les véhicules vendus, les fournisseurs de crédit auto n’ont pas lésiné sur les moyens. « Les défauts se traduisent par des saisies et ventes sur le marché de l’occasion », souligne Christian Parisot. Or le « neuf » comme « l’occasion » affichent désormais des baisses de prix. Utilisation de prêts détournés de leur vocation initiale, intégration au cycle de consommation des emprunteurs les moins solvables, la dette des ménages a bénéficié des bas taux d’intérêt de la Fed et d’une baisse du service d’intérêts de 3 points. Le coup de pouce s’arrête là.

Guy Marchal

Print Friendly, PDF & Email