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Brexit : Londres veut relever les droits de scolarité des étudiants européens

Le ministre de l’Education, Damian Hinds, propose de les aligner sur ceux des étudiants des pays tiers à compter de la rentrée 2021.


Mauvaise nouvelle pour les étudiants européens qui espéraient franchir la Manche pour aller étudier dans les meilleures universités anglaises : à cause du Brexit, ils pourraient bientôt devoir payer des frais de scolarité plus élevés.

Là où les élèves européens jouissent actuellement des mêmes conditions que les Britanniques, avec des droits de scolarité plafonnés à 9.250 livres par an, le ministre britannique de l’Education, Damian Hinds, propose,  selon BuzzFeed, d’aligner à compter de la rentrée 2021 leur montant sur ceux que doivent acquitter les étudiants des pays tiers, qui oscillent selon les cas entre 10.000 et 38.000 livres par an. Le ministre prévoit aussi de retirer aux Européens l’accès au généreux système de prêts étudiants subventionnés par l’Etat (490 millions de livres prêtés aux élèves de l’UE en 2017-2018).

139.000 étudiants européens outre-Manche
En 2017-2018, un peu plus de 139.000 Européens étudiaient dans les universités britanniques.  Selon des estimations réalisées par London Economics et Kaplan , leur nombre pourrait être réduit de 57 % si les conditions dont ils bénéficient étaient remises en cause.

Erasmus : l’Espagne détrône le Royaume-Uni comme première destination des Français
La proposition, qui doit encore être approuvée par le Conseil des ministres, a fait l’effet d’une bombe au Royaume-Uni, en pleine campagne pour les élections européennes du 23 mai. Certains, comme le candidat de la liste proeuropéenne Change UK, Gavin Esler, ont tôt fait d’en faire  un argument pour inciter les 3,7 millions d’Européens résidant outre-Manche à se mobiliser pour sanctionner le gouvernement conservateur dans les urnes, plutôt que de voter dans leur propre pays. D’autres, comme la ministre de l’Education du gouvernement travailliste fantôme Angela Rayner, ont accusé les « Tories » d’« échouer à soutenir des universités britanniques pourtant en tête des classements internationaux ».

Le ministère contraint de calmer le jeu
La mesure a, du point de vue de certains, une logique. « Une fois sortis de l’UE, il serait moralement difficile de faire payer moins aux riches Allemands qu’aux Indiens ou Nigérians, estime Nick Hillman, directeur du think tank Higher Education Policy Institute. Mais elle est aussi dangereuse : non seulement elle risque fort de porter atteinte au « soft power » britannique, mais elle menace aussi de remettre en cause les conditions financièrement avantageuses dont bénéficient, en retour, les 20.000 Britanniques étudiant dans le reste de l’UE.

Au ministère de l’Education, on calme le jeu en assurant qu’ aucune décision n’est prise , et que les étudiants européens en cours de cursus continueront quoi qu’il arrive de jouir des mêmes conditions de soutien financier qu’aujourd’hui. Ceux qui démarreront leurs études outre-Manche à la rentrée 2019 continueront de payer les mêmes droits de scolarité, avait déjà indiqué le ministère, sans pour autant donner de précision pour la rentrée de 2020.

Des visas plus long pour attirer plus d’étudiants étrangers
L’organisation Universities UK, qui représente 140 universités britanniques, a appelé le gouvernement à clarifier d’urgence sa position. « L’incertitude actuelle restreint notre capacité à recruter les meilleurs étudiants de l’UE, a-t-elle indiqué. Quels que soient les changements, les universités ont besoin d’en être averties au moins 18 mois à l’avance ».

Ces propositions visant les élèves européens n’empêchent pas le gouvernement britannique de chercher à attirer davantage d’étudiants étrangers. Pour accroître leur nombre de 460.000 aujourd’hui à 600.000 d’ici à 2030, le ministère de l’Education a annoncé en mars que des visas plus longs leur seraient à terme accordés  : ils seront portés de quatre mois actuellement à six mois pour les élèves de licence et de maîtrise, et à un an pour les doctorants. L’objectif : les aider à trouver un emploi sur place à la fin de leur cursus.

Alexandre Counis  (Correspondant à Londres)

Erasmus : l’Espagne détrône le Royaume-Uni comme première destination des Français

Devant le manque de visibilité lié au Brexit, plusieurs pays européens ont conseillé à leurs étudiants de se détourner au moins temporairement du Royaume-Uni.

C’est l’une des conséquences du grand flou artistique qui entoure encore les modalités du Brexit. Pour la première fois depuis qu’existe le programme d’échange d’apprentis et d’étudiants européens  Erasmus +, le Royaume-Uni a cessé d’être, sur l’année 2017-2018, la destination préférée des Français. Il a perdu sa couronne au profit de l’Espagne, que 8.200 d’entre eux ont choisi comme destination, alors que seulement 8.000 traversaient la Manche.

Certes, le nombre de Français qui partent étudier au Royaume-Uni reste, selon « Le Monde », en augmentation de 7 %. Mais plusieurs autres destinations, comme l’Espagne, la Suède, l’Irlande, l’Italie et la Belgique, progressent plus fortement.

Avenir incertain
L’avenir du programme au Royaume-Uni est en effet incertain. Si les étudiants en cours d’échange vers ou depuis ce pays sont sûrs de pouvoir aller jusqu’à son terme, les nouveaux candidats ne savent pas s’ils pourront partir dans le même cadre, en particulier si Londres et Bruxelles échouent à trouver un accord sur les conditions de leur divorce.

Résultat, plusieurs pays d’origine ont conseillé à leurs étudiants, devant le manque de visibilité, de se détourner au moins temporairement du Royaume-Uni. C’est la consigne passée par l’Agence Erasmus + en France. Idem au Danemark, où la ministre de l’Education, Iselin Nybo, a elle aussi recommandé de « regarder vers d’autres pays ».

Programmes d’échanges de gré à gré
Même son de cloche dans certaines universités espagnoles, comme celle de Vigo et celle de Santiago de Compostelle, qui selon «  El País  » a recommandé d’attendre ou de considérer des universités polonaises, néerlandaises ou norvégiennes. Celles de Huelva et d’Alicante ont, elles, ouvert des discussions avec des universités britanniques pour conclure des programmes d’échanges de gré à gré.

Erasmus cherche à s’ouvrir aux publics moins favorisés
Créé en 1987 pour les étudiants avant d’être étendu en 2014 aux apprentis et aux enseignants, le programme Erasmus + a permis en 2017 à 800.000 personnes de partir étudier ou se former à l’étranger, soit 10 % de plus qu’en 2016. L’Espagne, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont été leurs trois destinations préférées. Au total, le programme couvre 33 pays, dont ceux de l’UE mais aussi la Turquie, la Macédoine du Nord, la Norvège, l’Islande et le Liechtenstein. Il a été doté d’un budget de 14,7 milliards d’euros sur 2014-2020, ce qui doit lui permettre de bénéficier à 3,7 % des jeunes de l’UE.

Alexandre Counis  (Correspondant à Londres)

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