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Prêts étudiants américains : les défauts se multiplient

Les encours des prêts étudiants dépassent les 1.000 milliards de dollars et les défauts augmentent.
La situation inquiète les régulateurs et les économistes.

Moins de dix ans après la crise des «subprimes», certains chiffres font encore froid dans le dos. D’après les dernières statistiques du ministère de l’Education et de la Fed de New York, le total des encours de prêts étudiants aux Etats-Unis a triplé en dix ans, pour frôler les 1.200 milliards de dollars. A fin juillet, près de 7 millions d’emprunteurs avaient en outre cessé de rembourser depuis au moins un an, soit 400.000 personnes de plus qu’il y a un an. Ceux-ci représentent désormais 17% du total des emprunteurs, malgré les différents programmes mis en place par l’administration Obama proposant un rééchelonnement des prêts. L’inflation des «student loans» est d’autant plus inquiétante que, sous l’effet de la crise, les autres types de prêts sont revenus à des niveaux raisonnables dans un pays pourtant dopé à la consommation à crédit. Les encours de prêts hypothécaires sont ainsi revenus aux niveaux de 2006 et ceux du crédit à la consommation attachés aux cartes de paiement ont diminué de près de 20% depuis 2008. Mais «l’augmentation des encours de prêts étudiants a effacé tout le bénéfice du processus de désendettement depuis cinq ans», écrivaient les analystes de Morningstar dans une note parue il y a quelques semaines.

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Plus que doublé en dix ans

Pourquoi une telle explosion ? D’abord parce que le coût des études a augmenté bien plus rapidement que les salaires, sans pour autant que les filières choisies par les élèves ou que la croissance de leur population expliquent cette évolution. La part de la dette étudiante dans le PIB a plus que doublé en dix ans, selon la Fed de New York. La dette moyenne par étudiant est ainsi passée d’un peu plus de 15.500 dollars en 2005 à 24.800 dollars à fin 2012, selon la Fed de New York.

Autre hypothèse, très débattue aux Etats-Unis : le système de garantie publique connaît des dérives. C’est en effet l’Etat fédéral qui garantit voire accorde directement les prêts aux étudiants, dont les taux d’intérêt sont fixés par le Congrès. Le système permet ainsi aux étudiants insolvables de financer leurs études, mais a parallèlement renchéri les frais de scolarité, et encouragé les étudiants à emprunter. «Nous supposons que l’offre abondante de crédit a soutenu la demande, et les étudiants ont pu emprunter à la fois pour leurs études et pour leur consommation courante, estiment les analystes de Morningstar. La part des étudiants allant au bout de leur cursus a diminué tandis que la dette augmentait.»

La progression régulière des encours mais aussi des défaillances commence à inquiéter les régulateurs et les économistes. Ceux-ci redoutent que le phénomène ne finisse par peser sur le pouvoir d’achat et la consommation des ménages, ce qui peut être pénalisant pour l’économie américaine. La secrétaire adjointe au Trésor, Sarah Bloom Raskin, a quant à elle affirmé lors d’une conférence en mai dernier qu’elle avait identifié des «similitudes étranges» entre les prêts étudiants et la dette «subprime» des années 2000. A un détail près : le risque n’est pas porté par l’industrie financière.

Elsa Conesa

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