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Le crowdfunding immobilier en plein essor

ÉCONOMIE

Ce placement, qui consiste à investir en ligne aux côtés d’un promoteur gagne chaque année de nouveaux adeptes. Mais il n’est pas sans risque.

PLACEMENT En ces temps de rendements bas, il est un placement qui ne connaît pas la crise : le crowdfunding immobilier. Cela consiste, pour un particulier, à financer le lancement d’un programme immobilier aux côtés d’un promoteur, en échange d’un rendement confortable, autour de 10 % par an.

L’an passé, les Français ont misé près de 373 millions d’euros sur ces produits, selon le baromètre annuel du crowdfunding en France, publié par l’association Financement participatif France (FPF). C’est peu aux regards des produits d’épargne plus traditionnels, mais la collecte double quasiment chaque année depuis les premiers pas du secteur en 2012.

« Il y a une vraie appétence pour ces produits, assure Jérémie Benmoussa, président de la FPF. Bien sûr, du fait de rendements qui vont bien au-delà de ceux offerts par les placements plus classiques, mais pas seulement. Il y a une aspiration des épargnants pour le financement de projets concrets, comme c’est le cas pour des logements. »

La promotion immobilière n’est pas le seul secteur à se servir du financement participatif pour lever des fonds (les énergies renouvelables, ou les PME de divers secteurs y ont aussi recours), mais c’est celui qui y parvient le mieux. Près de 65 % des sommes placées dans le crowdfunding sont fléchées vers l’immobilier. « Ce mode de financement est très confortable pour les promoteurs. Cela leur permet d’étoffer leurs fonds propres en restant seuls maîtres à bord, sans avoir à partager les décisions avec un associé par exemple. Cela leur permet aussi de lancer plus d’opérations dans un temps limité », étaye Jérémie Benmoussa.

Une cinquantaine de projets ont du retard

Côté épargnants, le succès de ce placement doit beaucoup à sa simplicité. Un investisseur peut se positionner sur un projet en quelques clics, pour de faibles montants (100 à 1 000 euros selon les plateformes). Il a souvent bien peu de temps pour faire son choix. « Une collecte de 500 000 euros peut faire le plein en deux heures », avertit Céline Mahinc, à la tête du cabinet Eden Finances. Les sommes sont portées par le promoteur pendant une durée moyenne de 18 à 24 mois. Une fois les logements construits puis vendus, les épargnants récupèrent leur capital et les intérêts convenus au moment de la souscription. Un peu plus de 1 400 programmes ont été lancés depuis les débuts. Près de 560 ont déjà été remboursés.

Mais ces opérations ne sont pas sans aléas. La faillite du promoteur Terlat, en 2017, est là pour le rappeler. Près de 200 investisseurs avaient perdu leur mise. « On a en tête le cas Terlat, mais d’autres dossiers sont entre les mains de la justice », rappelle Laurent Altmayer, fondateur du site de datas Hello Crowdfunding. Le taux de défaut des plateformes – c’est-à-dire la part de projets qui ne sera pas remboursé – reste inférieur à 1 %. Pour autant, une cinquantaine de projets affichent aujourd’hui plus de 6 mois de retard. Cela correspond à 8 % des programmes arrivés à leur terme. Ces dépassements n’aboutiront pas forcément à un défaut de paiement. Néanmoins, ce sera le cas pour certains d’entre eux.

L’entreprise L’Art de construire, qui a plusieurs programmes à l’arrêt, vient d’accepter un protocole de recouvrement ; mais beaucoup doutent de sa capacité à l’honorer. La société K-Perspectives, autre promoteur à cumuler plus de deux ans de retard sur ses chantiers, a vu une de ses filiales placée en liquidation judiciaire l’été dernier. « Ces cas sont peu nombreux au vu du millier de dossiers financés depuis les débuts du crowdfunding, mais ils existent », souligne Laurent Altmayer. Les sommes placées par les épargnants ne sont pas garanties. « Pas de rendement élevé, sans risque élevé », rappelle l’Autorité des marchés financiers dans ses conseils donnés aux épargnants.

Jorge Carasso.

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