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Des tours d’habitation pour résoudre la crise du logement

EXCLUSIF – Un rapport du Conseil national de l’habitat recommande de construire plus haut et plus dense.

Construire plus. Construire plus haut. C’est la proposition iconoclaste que fait le Conseil national de l’habitat (CNH) dans le rapport qu’il vient de finaliser. «La seule manière de s’en sortir, c’est de continuer à construire. Et de construire beaucoup, n’hésite pas à affirmer Aurélien Taché, le député LREM qui est également le président du CNH. Et ce dans les zones où il y a déjà une concentration importante de population.»

Organe consultatif, le CNH réunit des professionnels de l’immobilier, des élus locaux et nationaux, des représentants de l’administration, des associations et des personnalités qualifiées. L’objectif de ce dernier rapport, impulsé par le député, était de faire des recommandations de politique publique pour réaliser le«choc d’offre» voulu par le président de la République. La Fédération des promoteurs immobiliers et la Fédération française du bâtiment ont désigné les deux rapporteurs. S’il a le soutien du monde de l’immobilier, le député, spécialiste du logement (il a appartenu aux cabinets de deux ministres du logement sous François Hollande) sait qu’il va se heurter de plein fouet aux écologistes. «Le discours actuel est de dire qu’il faut arrêter de construire. Il prône le néoruralisme et le malthusianisme, regrette Aurélien Taché, qui fait partie de l’aile gauche de la LREM. Sauf que les Français veulent habiter près de leur lieu de travail et que, dans l’immense majorité, les lieux de travail se trouvent dans les grandes métropoles.» Pour le député, l’enjeu est donc bien de «densifier l’urbain pour éviter l’étalement et l’artificialisation des sols».

Les recommandations du rapport du CNH vont dans ce sens, en expliquant qu’il faut pouvoir construire trois fois plus de logements sur la même surface qu’aujourd’hui. Une seule solution pour cela: mettre de la hauteur. «Il ne faut pas avoir peur des tours d’habitation, clame Aurélien Taché, qui reconnaît qu’il existe un problème culturel dans l’Hexagone. Nous sommes le seul pays au monde à refuser la hauteur, déplore-t-il. Même la petite hauteur. On a seulement deux projets de tour de 50 mètres dans toute la France aujourd’hui.»

De fait, chaque nouveau projet d’immeuble de grande hauteur déclenche une levée de boucliers. À Paris, cela a été le cas de la tour Triangle, un immeuble mixte commerce-bureaux-logements dans le 15e arrondissement. Mais aussi pour la ZAC Bercy Charenton, qui prévoit six tours, dont une de 180 mètres de haut sur une friche urbaine. Bien qu’il n’y ait dans ce projet ni artificialisation nouvelle des sols, ni problème lié au voisinage puisque cette zone se situe entre une autoroute et le périphérique, la polémique n’a pas été évitée.

Les avantages de densifier le bâti semblent évidents. Avec plus d’offre de logements sur le même territoire, les prix de l’immobilier devraient – enfin – baisser. «Les gens ne peuvent plus se loger dans les métropoles aujourd’hui», constate Aurélien Taché.

Le rapport va d’ailleurs beaucoup plus loin puisqu’il recommande à l’avenir d’encadrer les prix lors de la vente de logements neufs sortant de terre. Un plafond serait fixé, qui serait adapté au contexte local. «Si les promoteurs construisent davantage de logements, puisque les immeubles auront plus d’étages, ils peuvent vendre moins cher chaque appartement», estime Aurélien Taché. Et le président du CNH juge cette mesure d’autant plus facile à mettre en œuvre que la Fédération des promoteurs immobiliers a participé à la rédaction du rapport.

Pour construire plus dense, il faudra cependant vaincre la résistance de ceux qui délivrent le plus souvent les permis de construire : les maires. Aujourd’hui, tout est fait pour éviter de construire trop dense, notamment parce qu’il faut verser une pénalité à l’État lorsque c’est le cas. Le rapport veut inverser cette logique. «Nous proposons de fixer un seuil minimal de densité pour chaque ville, explique Aurélien Taché. Et de mettre en place un malus si ce seuil n’est pas atteint. Cette somme pourrait d’ailleurs aller aux maires bâtisseurs».

Le député est par ailleurs persuadé qu’une bonne partie des réticences aux tours d’habitation vient de l’image des vieilles tours d’antan. «On peut faire des choses incroyables dans le domaine de la grande hauteur aujourd’hui», s’enthousiasme-t-il. Même sans aller jusqu’à des tours, rajouter quelques étages en moyenne aux bâtiments serait suffisant. «Ajouter deux étages de plus à Paris permettrait à des populations qui en sont aujourd’hui exclues de revenir dans le cœur des villes», juge le député. Reste à faire bouger les choses et à adapter la législation pour aller dans ce sens. Le rapport devait être officiellement présenté à Julien Denormandie, le ministre du Logement, le 27 février dernier. Mais la présentation a été décalée. Aurélien Taché compte bien le faire prochainement.

Emmanuel Egloff

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