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Europe : une pénurie de douaniers en vue avec le Brexit

Si la Grande-Bretagne opte pour une séparation complète, les déclarations en douane exploseront.

Faut-il craindre, à partir de mars 2019, de longues files de camions devant les ports de la Manche et des kilomètres de poids lourds bloqués à l’entrée du tunnel? Peut-on imaginer des pénuries de denrées périssables en Grande-Bretagne?

Les Britanniques commencent à le redouter, en cas de Brexit dur – c’est-à-dire faute d’accord sur futures relations commerciales entre le Royaume-Uni et l’Union européenne (UE). «La sortie de l’Union fera exploser, d’environ 50.000 aujourd’hui à 130.000 en 2019, le nombre d’importateurs de marchandises dans le royaume. Simultanément, le nombre de déclarations en douane sera multiplié par cinq, à près de 255 millions», pointent Bob Jones et Olivier Sorgniard, du cabinet KPMG.

Selon les spécialistes de KPMG
Cette perspective inquiète les services des douanes britanniques. «Il nous faudra cinq à sept ans et 800 millions de livres» pour mettre en place les nouvelles règles douanières, expliquait en septembre devant le Parlement, John Thompson, directeur général du HMRC, le service des taxes et des douanes du royaume. «Il faudra des milliers de nouveaux douaniers», ont insisté les dirigeants du HMRC. Ils réclament des avancées rapides, avant six mois, dans les négociations avec Bruxelles afin d’adapter leurs services aux nouveaux besoins.

Il n’y a pas qu’en Grande-Bretagne, dont l’UE est le premier partenaire économique, que les services douaniers s’inquiètent. Le Royaume-Uni pèse lourd également dans l’économie continentale, d’autant plus que des biens provenant d’autres pays, en particulier du Commonwealth, y sont aujourd’hui dédouanés avant d’arriver de ce côté-ci de la Manche.

L’Union européenne devra homologuer près de 130.000 importateurs en cas de Brexit dur, prévoient les spécialistes de KPMG. En France, pas loin de 25.000 nouveaux opérateurs devraient être ainsi référencés.

Les nouvelles règles d’import-export entre la Grande-Bretagne et les pays de l’UE entraîneront une explosion des charges administratives. Elles généreront aussi une recrudescence des contrôles. Ceux-ci visent 0,4 % à 0,5 % des containers, à la recherche de marchandises illégales ou non déclarées à leur prix.

350 agents à Calais
Cela représentera une charge significative. En France, 4 à 5 millions de passages de marchandises ont lieu chaque année entre Douvres et Calais, soulignent les experts de KPMG. Or, les services douaniers du tunnel sous la Manche et de Calais Littoral ne mobilisent que 350 agents environ.

En cas de Brexit dur, de nombreux pays de l’Union se retrouveront donc à cours de douaniers, pointe le quotidien britannique Financial Times. Pourtant, évitant sans doute le pari pessimiste d’une séparation totale, ni la France ni les autres pays de l’Union n’ont mis en place de politique de formation de nouveaux douaniers.

Et il paraît désormais impossible qu’ils renforcent leurs effectifs dans les délais. Il faut en effet trois ans pour former un douanier en Allemagne ou aux Pays-Bas. Dans l’Hexagone, même en décidant de recruter maintenant de nouveaux douaniers, ce serait difficile d’être opérationnel au printemps 2019, souligne Pascal Huet, secrétaire général adjoint de FO-douanes.

Sur le plan de la circulation des personnes, quelle que soit la forme finale du Brexit, rien ne devrait, en revanche, changer. La Grande-Bretagne étant en dehors de l’espace Schengen, les contrôles douaniers sont déjà en place. Ils ne devraient pas évoluer. Sauf évidemment si les Britanniques ou les pays de l’Union décidaient d’imposer un visa aux citoyens d’en face.

Armelle Bohineust

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